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Thorens TD : anatomie d'une légende

Thorens TD : anatomie d'une légende

Il y a des marques qu'on cite. Et d'autres qu'on murmure.

Thorens, c'est la seconde catégorie. Un nom qui revient dans les conversations de passionnés, dans les greniers des oncles mélomanes, sur les forums où les puristes s'écharpent à coups de courroies et de bras de lecture.

Un nom suisse. Discret. Précis. Comme une montre. Comme une boîte à musique.

Et justement — c'est là que tout commence.


1883 : des boîtes à musique aux platines

Sainte-Croix, Suisse. Un petit village du Jura où l'on fabrique des mécanismes d'horlogerie depuis des siècles. Hermann Thorens y fonde son atelier. Il ne fait pas de platines. Pas encore. Il fabrique des boîtes à musique. Ces petits coffrets en bois qui jouent une mélodie quand on les ouvre.

Déjà, l'obsession est là : le mouvement parfait. La rotation sans à-coups. Le son qui naît d'un mécanisme bien réglé.

En 1903, Thorens passe au phonographe. Puis aux gramophones. Puis, en 1928, au premier pick-up électrique. L'entreprise glisse doucement vers ce qui deviendra sa vocation : la lecture du disque vinyle.

Et en 1957, tout bascule.


TD-124 : la naissance d'un mythe

La Thorens TD-124 sort cette année-là. Et elle change tout.

Plateau lourd, entraînement par galet, construction massive. À une époque où les platines sont encore des meubles fragiles, la TD-124 impose une rigueur d'ingénierie qu'on n'avait jamais vue.

Elle devient la référence des studios. Des radios. Des audiophiles exigeants.

Aujourd'hui encore, une TD-124 en bon état se négocie à prix d'or. Pas parce qu'elle est rare — elle a été produite pendant 10 ans. Mais parce qu'elle sonne toujours. Parce qu'elle tourne toujours. Parce qu'elle incarne quelque chose qu'on a un peu perdu : la durabilité absolue.

Si tu en croises une, pose-toi cinq minutes. Regarde-la tourner. Écoute le silence du moteur. Tu comprendras pourquoi certains ne jurent que par elle.


TD-150, TD-125, TD-160 : la trilogie parfaite

Dans les années 60 et 70, Thorens enchaîne les modèles. Et chacun devient culte.

La TD-150 (1965) introduit le sous-châssis suspendu. Le moteur est isolé du plateau. Les vibrations ne passent plus. Le son gagne en pureté. C'est une révolution silencieuse — le genre qu'on ne remarque pas tout de suite, mais qu'on ne peut plus ignorer une fois qu'on l'a entendue.

La TD-125 (1968) pousse le concept plus loin. Contrôle électronique de la vitesse. Bras TP-25. C'est la première Thorens "moderne" — et elle s'arrache. Plus de 100 000 exemplaires vendus dans les années 70. Si tu veux du solide, du fiable, du "je branche et j'oublie pour 20 ans", c'est elle.

La TD-160 (1972) devient la platine de référence pour toute une génération. Suspendue, précise, élégante. Facile à entretenir. Compatible avec des dizaines de bras différents. C'est la Thorens du peuple — et elle n'a rien perdu de sa noblesse. C'est aussi la plus facile à trouver, et souvent la meilleure porte d'entrée dans l'univers Thorens.

Ces trois-là, tu les croises encore partout. Sur Leboncoin. En brocante. Chez ton oncle. Et si tu en trouves une en bon état, fonce. Parce qu'une Thorens bien réglée, ça ne se refuse pas.


Le son Thorens : qu'est-ce que ça donne ?

On ne va pas te mentir : une Thorens ne sonne pas "mieux" qu'une autre platine par magie.

Ce qui fait la différence, c'est la stabilité. La constance de la rotation. L'absence de vibrations parasites. Le silence entre les notes.

Une Thorens bien calée, avec un bon bras et une bonne cellule, te donne un son posé. Net. Organique. Pas spectaculaire — juste juste. Et c'est souvent ce qu'on cherche, au fond : un son qui ne triche pas.

Tu poses un Bill Evans. Le piano est là, devant toi, sans forcer. Les graves du contrebassiste ne bavent pas. La cymbale reste suspendue, juste où elle doit être. C'est pas "waouh". C'est mieux que ça. C'est "ah ouais, c'est ça le son".

Les Thorens s'accordent bien avec des cellules MM classiques — Ortofon 2M Red ou Blue, Audio-Technica VM95, Goldring. Inutile de monter une MC hors de prix : le châssis Thorens est honnête, pas flatteur. Il restitue ce qu'on lui donne. Ni plus, ni moins.


Chiner une Thorens : les bons réflexes

Tu veux te lancer ? Voici ce qu'il faut vérifier avant d'acheter :

La suspension : appuie doucement sur le plateau. Il doit rebondir mollement, sans bruit, comme un matelas bien fait. Si c'est rigide, si ça grince, si ça colle — les ressorts sont morts ou le lubrifiant a séché. Réparable, mais à négocier.

Le moteur : il doit tourner sans vibrer. Mets ta main sur la base, ferme les yeux. Tu ne dois rien sentir. Si tu sens une pulsation, un tremblement — passe ton chemin ou prévois une révision.

Le bras : vérifie qu'il se déplace librement, sans point dur. Les roulements des vieux bras Thorens fatiguent parfois. Fais-le glisser doucement d'un bout à l'autre : ça doit être fluide, aérien.

La courroie : souvent à changer. Pas grave, ça coûte 15 € et ça se fait en 5 minutes. Mais si elle est là depuis 30 ans, elle patine, elle glisse, elle déforme le son. Change-la d'office.

Le capot : souvent fissuré, jauni, parfois absent. Ça n'affecte pas le son, mais ça fait baisser le prix. Si tu t'en fiches de l'esthétique, c'est une bonne occasion de négocier.

Le câble de modulation : sur les vieux modèles, il est parfois soudé et oxydé. Vérifie qu'il est en bon état ou prévois de le remplacer par un câble RCA standard.


Budget réaliste (2024-2025)

  • TD-160 correcte : 200–350 €
  • TD-160 révisée avec bras et cellule : 350–450 €
  • TD-125 révisée : 400–550 €
  • TD-145 / TD-147 : 180–300 € (souvent sous-cotées, très bon rapport qualité/prix)
  • TD-124 en état : 800–1500 € — voire plus si révisée par un pro

Conseil : ne surpaye pas une platine "dans son jus". Une Thorens poussiéreuse avec une cellule morte et un bras grippé, ça vaut moins de 150 €. Le prix, c'est l'état — pas le nom.


Où chercher ?

  • Leboncoin : le terrain de chasse classique. Beaucoup d'annonces, beaucoup de déchet, mais aussi de vraies perles. Sois patient. Pose des questions. Demande des photos du dessous, du bras, du plateau en rotation.
  • Facebook Marketplace et groupes spécialisés : les groupes "Hi-Fi Vintage France", "Vinyle et Platines" regorgent d'annonces. L'avantage : les vendeurs sont souvent passionnés, donc plus fiables.
  • Les brocantes et vide-greniers : c'est là qu'on trouve les meilleures affaires. Mais il faut se lever tôt. Et savoir ce qu'on cherche.
  • Les réviseurs / vendeurs pro : si tu veux une Thorens prête à l'emploi, sans risque, passe par un spécialiste. C'est plus cher, mais tu repars avec une machine calée, garantie, silencieuse. Et tu gagnes des années de tranquillité.

Avec quoi associer ta Thorens ?

Une Thorens, c'est neutre. C'est stable. Ça veut dire que tu peux la marier avec à peu près tout — mais certains accords fonctionnent mieux que d'autres.

Ampli chaud et rond (Marantz, NAD, Luxman) : tu obtiens un son enveloppant, confortable. Idéal pour le jazz, la voix, le classique.

Ampli précis et rapide (Yamaha, Technics, Rotel) : tu obtiens un son plus tendu, plus analytique. Parfait pour le rock, l'électro, les prises de son modernes.

Enceintes à bon rendement (> 89 dB) : la Thorens ne fait pas de miracle sur la dynamique. Si tes enceintes sont difficiles à bouger, ton ampli va forcer. Garde un système cohérent.

Et surtout : prends le temps de régler ton bras. Une Thorens mal réglée, c'est une Thorens gâchée. Force d'appui, anti-skating, alignement de la cellule — tout compte. Si tu débutes, fais-toi aider ou regarde un bon tuto. Ça prend 20 minutes. Ça change tout.


Thorens aujourd'hui : que reste-t-il de la légende ?

La marque existe encore. Elle produit des platines neuves, dans un style moderne, parfois très haut de gamme.

Mais soyons honnêtes : ce n'est plus la même entreprise. Le savoir-faire suisse a changé de mains plusieurs fois. Les modèles actuels n'ont plus grand-chose à voir avec les TD d'antan. Certains sont très bien. D'autres sont des coquilles vides avec un nom prestigieux collé dessus.

Ce qui reste, c'est l'héritage. Les centaines de milliers de platines Thorens qui tournent encore, partout dans le monde. Les pièces détachées qu'on trouve facilement. La communauté de passionnés qui restaure, bidouille, améliore.

Et surtout : ce nom. Ce murmure. Cette légende.


Un dernier mot

Il y a quelque chose de particulier à poser un disque sur une Thorens.

C'est pas le geste. C'est pas le clic du bras qui se pose. C'est ce moment juste avant. Quand le plateau tourne, que le vinyle attend, et que tu sais — tu sais — que le son va être bon.

Pas parfait. Pas impressionnant. Juste bon.

C'est une platine qui ne te ment pas. Qui ne te flatte pas. Qui te donne ce que le disque contient, rien de plus, rien de moins.

Et parfois, c'est exactement ce qu'on a besoin d'entendre.

Tu veux aller plus loin ?

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