Dans le paysage de la hi-fi française des années 60 à 80, les enceintes Cabasse Dinghy occupent une place singulière. Trop souvent éclipsées par les modèles plus imposants comme les Galion ou les Brigantin, les Dinghy sont pourtant une porte d’entrée précieuse dans l’univers Cabasse : celui de la neutralité, de la clarté tonale, et d’une scène sonore étonnamment ample pour une enceinte de ce gabarit.
Conçues pour des écoutes de proximité, compactes sans être minimalistes, les Dinghy s’adressent à ceux qui préfèrent une écoute équilibrée, aérée et naturelle, loin des démonstrations spectaculaires ou des signatures artificiellement flatteuses.
Une gamme évolutive : plusieurs générations de Dinghy
Contrairement à certaines enceintes au modèle unique, la Cabasse Dinghy est une série ayant connu plusieurs itérations majeures :
- Dinghy I (1965–1970) : enceinte compacte 2 voies, boomer 21 cm, tweeter à dôme textile. Déjà conçue comme une enceinte de proximité à large bande utile.
- Dinghy II / Dinghy 222 (années 70) : modèle le plus courant sur le marché de l’occasion. Elle adopte un boomer de 24 cm (24B25) associé à un tweeter TWM3, dans une charge à labyrinthe à évents freinés. Signature sonore plus tendue, sensibilité accrue.
- Dinghy 2000 (fin des années 70) : version plus moderne, look actualisé, architecture interne repensée. Plus rare sur le marché.
Ce qu’elles partagent toutes : une ambition de haute fidélité domestique, avec un format domestique, une fabrication sérieuse, et une écoute pensée pour durer, sans fatigue.

Fiche technique (modèle Dinghy 222, le plus représentatif)
| Caractéristique | Spécifications |
|---|---|
| Type | Enceinte bibliothèque 2 voies, charge à labyrinthe |
| Haut-parleurs | 1 x 24 cm grave/médium (24B25) + 1 tweeter dôme textile (TWM3) |
| Impédance nominale | 8 ohms |
| Sensibilité | ~96 dB / W / m |
| Puissance nominale admissible | 40 W |
| Réponse en fréquence | 50 Hz – 18 kHz |
| Dimensions | Environ 49 x 28 x 24 cm |
| Poids | 8,5 kg pièce |
⚠️ Attention : ces caractéristiques peuvent varier légèrement selon les versions. Il est courant de trouver des composants modifiés ou mal identifiés sur le marché de l’occasion.
Une restitution typiquement Cabasse
Ce qui frappe à l’écoute des Dinghy, c’est cette transparence immédiate, sans excès. Les médiums sont précis, présents mais jamais projetés, les aigus filent sans brillance forcée, et le grave, bien que contenu, reste rapide et propre. L’ensemble dégage une sensation d’équilibre et de justesse, assez rare sur ce segment.
Les Dinghy ne sont pas là pour épater en dix secondes. Elles s’apprivoisent. Leur scène est large, cohérente, bien centrée. La musique respire. On les redécouvre souvent à bas volume, là où d’autres deviennent ternes.
Elles excellent sur les voix, les cordes, les pianos, les ambiances acoustiques, les enregistrements analogiques. Jazz intimiste, chanson française, musique baroque, bossa nova : tout ce qui demande définition sans emphase leur va bien.
Synergies recommandées : des amplis à leur mesure
La Dinghy aime être alimentée avec soin mais sans excès de nervosité. Sa sensibilité élevée permet de l’associer à des électroniques peu puissantes mais bien conçues. Voici quelques mariages heureux :
- Marantz 2230 ou 1060 : pour une restitution chaleureuse, fluide, presque tactile. Très beau mariage avec les enregistrements anciens.
- Sansui AU-517 / AU-717 : une assise plus affirmée, une dynamique ample sans agressivité. Apporte du corps sans alourdir.
- Cabasse AM100 / AM330 : les électroniques Cabasse des années 70 sont rares, mais très complémentaires.
- Tubes EL84 (Ampliton, Audiomaster, DIY) : en champ proche, les Dinghy peuvent devenir émouvantes, quasi holographiques.
Prix indicatif sur le marché de l’occasion (2026)
| État | Prix observé |
|---|---|
| Fonctionnelles, sans grilles | 120 à 180 € |
| Avec grilles, bon état esthétique | 200 à 300 € |
| Restaurées, composants d’origine vérifiés | 300 à 400 € |
Les Dinghy restent sous-cotées par rapport à leur qualité de restitution. À ce tarif, peu d’enceintes modernes offrent un tel niveau de réalisme et de cohérence tonale.

Conseils pour l’achat
- Composants d’origine : privilégier les modèles avec HP Cabasse 24B25 et tweeter TWM3 non remplacés.
- Vérification des suspensions : certaines séries ont du caoutchouc durable, d’autres de la mousse à remplacer.
- Placage bois : attention au placage en noyer ou chêne clair souvent fragile. Vérifiez les coins.
- Charge acoustique : évitez les modifications de charge ou d’évent (certains bricoleurs les transforment en bass-reflex, ce qui altère leur équilibre).
Mon avis Son Vintage
La Cabasse Dinghy n’est pas une enceinte qui cherche à séduire. Elle ne projette pas, ne colore pas, ne joue pas à l’effet hi-fi. Elle s’efface derrière l’œuvre. C’est cette discrétion qui la rend précieuse.
Elle conviendra à ceux qui aiment écouter longtemps, tranquillement, dans une pièce bien pensée. Elle parle à l’amateur de disque plus qu’au technicien. Elle raconte l’histoire d’une autre France du son, exigeante mais modeste, fidèle et sensible.