En 1983, deux étudiants d'Imperial College à Londres en avaient assez.
Philip Swift et Derek Scotland partageaient la même frustration : le matériel hi-fi de qualité coûtait une fortune, et les appareils abordables étaient souvent décevants ou compliqués à utiliser. Alors ils ont décidé de faire quelque chose.
Leur premier produit s'appelait le 8000A. Un amplificateur intégré sobre, bien construit, avec un son clair et une fiabilité exemplaire. Prix de lancement : 200 livres.
Personne ne s'attendait à ce qui allait suivre.
Le premier ampli avec une vraie entrée CD
En 1983, le CD venait à peine de naître. La plupart des amplis de l'époque proposaient des entrées "Aux" ou "Tape" - des entrées génériques qu'on pouvait utiliser pour n'importe quoi.
L'Audiolab 8000A a été le premier amplificateur à proposer une entrée dédiée "CD" - pas juste le mot gravé à la place de "Aux", mais une entrée calibrée pour le niveau de sortie des lecteurs CD de l'époque, qui était plus élevé que la norme ligne habituelle.
Un détail ? Peut-être. Mais un détail qui montrait que Swift et Scotland regardaient vers l'avenir.
255 composants modifiés, un seul rescapé
Le 8000A a été produit pendant treize ans, de 1983 à 1996. Pendant cette période, il a subi sept révisions majeures - presque une tous les deux ans.
À la fin de la production, 255 des 256 composants d'origine avaient été modifiés ou améliorés. L'étage de puissance avait été revu pour plus de courant et moins de distorsion. La fiabilité - déjà excellente - avait encore été renforcée.

Le seul survivant ? Le petit bouton-poussoir rouge à l'arrière, celui qui permet de basculer entre MM et MC sur l'entrée phono.
Les versions de la fin des années 90, juste avant le rachat par TAG McLaren, sont considérées comme les meilleures. Plus ouvertes, plus musicales, moins "intellectuelles" que les toutes premières.

Comment ils l'ont voicé
Pour mettre au point le son du 8000A, Swift et Scotland ont utilisé trois paires d'enceintes très différentes :
Les Spendor BC1 - des monitors britanniques classiques, réputées pour leur neutralité et leur reproduction vocale.
Les Quad ESL-63 - des électrostatiques exigeantes, qui révèlent le moindre défaut dans la chaîne.
Les Yamaha NS1000M - des monitors japonaises à dôme béryllium, connues pour leur grave puissant et leur exigence envers l'amplification. "Si l'ampli n'était pas parfaitement lisse, les Yamaha te le faisaient savoir", expliquait Swift.
Le résultat : un ampli capable de piloter à peu près n'importe quelle enceinte du marché, avec un son ouvert, détaillé, et sans agressivité.
Ce qu'il y a à l'intérieur
Le 8000A est construit autour de composants discrets - pas de circuits intégrés sur le chemin du signal. Le circuit imprimé, en époxy-verre, est densément peuplé de transistors, résistances et condensateurs, mais la disposition reste lisible et facile à entretenir.
Alimentation : transformateur toroïdal de 250 VA, deux condensateurs réservoir Elna de 10 000 µF. Du sérieux.
Étage de sortie : transistors Sanken 2SA1216 / 2SC2922 en configuration complémentaire, montés sur un dissipateur entre les grilles de ventilation supérieure et inférieure.
Préampli ligne : classe A, avec alimentations séparées pour les canaux gauche et droit.

Entrée phono : commutable MM/MC via le fameux bouton rouge, avec deux paires de prises RCA à l'arrière (tu peux laisser deux platines branchées en permanence).
Le châssis, par contre, est en tôle d'acier assez fine. Si tu tapes dessus, ça résonne. C'est le point faible cosmétique de l'appareil - mais ça n'affecte pas le son.

Caractéristiques techniques
| Année de production | 1983 - 1996 |
| Type | Amplificateur intégré |
| Puissance | 50 W / canal sous 8 Ω |
| Entrées ligne | 6 (dont CD dédié) |
| Entrée phono | MM / MC commutable |
| Sorties | Pre-out, 2 paires d'enceintes |
| Alimentation | Transformateur toroïdal 250 VA |
| Dimensions | 445 x 74 x 335 mm |
| Poids | 8,5 kg |
| Prix neuf (1983) | £200 |
| Prix occasion (2025) | 200 - 400 € |
Comment il sonne - vraiment
Les premières versions du 8000A avaient la réputation d'être "un peu intellectuelles". Un son analytique, précis, mais qui pouvait sembler froid sur certains systèmes.
Les versions plus tardives ont corrigé le tir. Le son s'est ouvert, a gagné en ampleur et en musicalité, tout en gardant cette clarté qui fait la signature Audiolab.
Ce qu'on entend aujourd'hui sur un 8000A bien révisé :
- Une scène sonore large, bien définie
- Des voix naturelles, ni trop en avant ni en retrait
- Un grave contrôlé, pas énorme mais précis
- Des aigus détaillés sans agressivité
- Une tenue remarquable à volume élevé, sans compression
Ce qu'il fait moins bien :
- Le grave profond, vraiment profond - il manque un peu de poids en dessous de 50 Hz
- Les enceintes très gourmandes en courant - il préfère les charges faciles
Un utilisateur résumait bien : "Même à des volumes extrêmes, pas la moindre trace de fatigue. Juste plus de contrôle, de précision, de poids - mais en beaucoup plus fort."

Le préampli phono : une vraie réussite
À l'époque, beaucoup d'amplis intégrés proposaient une entrée phono médiocre, ajoutée pour cocher une case. Pas le 8000A.
L'étage phono de l'Audiolab a été salué par la presse comme "bien au-dessus de la moyenne". Il gère les cellules MM classiques avec aisance, et le mode MC - souvent bâclé sur les amplis de ce prix - est réellement utilisable.
Si tu as une platine vinyle et que tu veux éviter d'acheter un préampli phono séparé, le 8000A est une solution tout-en-un crédible.

Ce qu'il faut vérifier avant d'acheter
Le 8000A est réputé pour sa fiabilité. C'était l'un des amplis britanniques les plus solides de son époque. Mais à 30-40 ans d'âge, quelques points méritent attention.
Les condensateurs Ils vieillissent. Un remplacement des condensateurs de l'alimentation et du circuit signal peut redonner à l'ampli sa dynamique d'origine. Compte 100-150 € chez un bon technicien.
Les connecteurs RCA Sur les exemplaires très utilisés, les prises RCA peuvent provoquer des faux contacts ou des craquements. Vérifie que tous les canaux et toutes les entrées fonctionnent correctement.
La version Si tu as le choix, vise une version tardive (fin des années 90). Le numéro de série peut t'aider - les plus élevés sont les plus récents.
L'esthétique La façade gris foncé vieillit bien. Le châssis en tôle, moins. Un exemplaire propre, sans bosses ni rayures, vaut plus cher.

La descendance
L'Audiolab 8000A a engendré toute une famille :
8000C - préampli séparé
8000P - ampli de puissance
8000M - blocs mono
8000S - version avec télécommande
8000T - tuner FM (considéré comme l'un des meilleurs jamais fabriqués)
8000PPA - préampli phono pour collectionneurs de vinyles

En 1997, Audiolab a été racheté par TAG McLaren, qui a redessiné la gamme avec un look plus moderne. Puis en 2003, après des difficultés financières, la marque a été vendue au groupe IAG (qui possède aussi Quad, Mission et Wharfedale).
Aujourd'hui, Audiolab continue de produire des amplis. Le 8300A actuel descend en ligne directe du 8000A original.
Avec quelles enceintes ?
Le 8000A n'est pas un monstre de puissance. Ses 50 watts par canal suffisent pour la plupart des utilisations domestiques, mais il préfère les enceintes à sensibilité moyenne ou haute (88 dB et plus).
Il s'entend bien avec :
- Des bibliothèques britanniques classiques (Harbeth, Spendor, Rogers)
- Des colonnes à haut rendement (Klipsch, Triangle)
- Des monitors de studio vintage (Yamaha NS-10, JBL 4312)
Il aura plus de mal avec :
- Des enceintes à très faible impédance (sous 4 ohms)
- Des charges très gourmandes en courant

Pourquoi il a sa place chez Son Vintage
Le 8000A, c'est l'histoire de deux étudiants qui ont voulu prouver qu'on pouvait avoir du bon son sans se ruiner. Ils ont réussi.
Trente ans plus tard, l'ampli qu'ils ont créé est devenu une légende. Pas parce qu'il était le plus puissant, ni le plus spectaculaire. Mais parce qu'il faisait exactement ce qu'il promettait : servir la musique avec honnêteté, fiabilité, et une certaine élégance.
Pour 200-300 €, tu peux avoir un morceau de l'histoire de la hi-fi britannique. Un ampli qui a fait ses preuves sur des millions d'heures d'écoute. Et qui, bien entretenu, continuera à sonner pendant encore des décennies.
C'est ça, le charme du 8000A. Il ne vieillit pas. Il mûrit.





